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COMMENT LES COULEURS VINRENT AUX OISEAUX
Conte de Guyane
Joanna Troughton
Note de l’auteur : Cette légende nous vient de la tribu Arawak, en Guyane, mais on en trouve de nombreuses versions chez différents peuples d’Amérique du Sud.
Jadis, au temps où hommes et animaux parlaient le même langage, vivait un garçon qui aimait par-dessus tout chasser les oiseaux. Ceux-ci n’avaient pas alors les couleurs éclatantes qu’ils possèdent aujourd’hui. Ils étaient entièrement blancs. La mère du garçon lui répétait sans cesse que ces jeux cruels ne lui apporteraient rien de bon, mais il faisait la sourde oreille.
Un jour, tandis qu’il était à la chasse, le garçon vit briller des pierres sur la berge du fleuve. Elles avaient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Il les enfila sur un brin de chanvre, qu’il noua autour de son cou.
Mais à peine avait-il mis le collier qu’une horrible transformation s’opéra en lui…
Il se mit à enfler. Il enfla et enfla. Il s’allongea et s’allongea. Il s’étira et s’étira. Bientôt il n’eut plus rien d’un garçon…

Il s’était mué en un immense serpent de mer, dont la peau avait toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Le serpent Multicolore vécut dès lors au fond du fleuve, lové autour du tronc d’un arbre d’eau. Quand il avait faim, il se glissait en ondoyant jusqu’à la surface, et attendait qu’une proie vienne à passer. Toutes les créatures alentour vivaient dans la peur.
Le chef des Indiens réunit tous les animaux.
« Quiconque tuera le Serpent Multicolore gardera sa peau comme récompense », déclara-t-il. Tous approuvèrent à grands cris, mais se dérobèrent l’un après l’autre.
Voici les prétextes qu’ils trouvèrent :

Alors, le cormoran prit la parole.
« Je vais essayer », dit-il. « Après tout, je suis un oiseau plongeur, j’ai donc les meilleures chances de réussir. »
Il saisit une flèche dans son bec… et plongea au plus profond du fleuve. Il descendit, de plus en plus bas et arriva devant le Serpent Multicolore, lové autour de son arbre. Le cormoran s’abattit droit sur sa gorge. Le Serpent Multicolore s’éveilla avec un sifflement terrible. Il dressa son énorme tête, se tordant et battant l’eau avec fureur. Mais en vain, car la flèche avait atteint son but. Le Serpent Multicolore expira.
Les Indiens et les animaux hissèrent le corps du serpent sur la berge. Puis ils s’emparèrent de sa peau.
« Je réclame ma récompense », dit le cormoran.
Le chef des Indiens sourit. Il voulait garder la peau fabuleuse, et pensait la ravir au cormoran par une ruse.
« Prends-la », fit-il, « si tu peux l’emporter ! »
Tous les animaux rirent avec lui.
« Je m’en charge », répliqua le cormoran. Et, levant la tête, il lança un appel.
Il y eut un grand silence, puis, soudain, l’air s’emplit de bruissements d’ailes.
« Oiseaux de la forêt », s’écria le cormoran.
« Aidez-moi à emporter la peau du Serpent Multicolore ! »
Les oiseaux surgirent de toutes parts. Gazouillant ou pépiant, poussant des cris perçants ou rauques, ils s’abattirent sur la terre.
Puis, saisissant la peau dans leur bec, les oiseaux reprirent leur envol. Le cormoran allait en tête et la peau du Serpent, telle une bannière multicolore, flottait à travers le ciel.
Quand les oiseaux arrivèrent en lieu sûr, le cormoran entreprit de découper la peau.
« Que chacun garde le morceau qu’il a porté », dit-il.
Ainsi firent les oiseaux.
Et c’est alors qu’une chose étrange se produisit…
Le plumage des oiseaux commença à se transformer. Les oiseaux qui portaient un morceau rouge et vert devinrent rouge et vert. Les oiseaux qui portaient un morceau bleu et jaune devinrent bleu et jaune. Tous les oiseaux changèrent de plumage, et prirent les belles couleurs qu’ils ont aujourd’hui.
Le cormoran, quant à lui, ne reçut pas d’aussi brillantes couleurs, car il avait porté la tête, qui était presque entièrement noire. Mais cela ne le gênait pas.
« Pour un oiseau plongeur, ce costume est parfait », déclara-t-il.
Les Indiens étaient furieux.
Et c’est depuis ce jour qu’ils chassent les oiseaux pour leur voler leurs magnifiques plumes.

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